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Bore-out : comment lutter contre l'ennui chronique au travail

Bore-out
Alexandre Diard
Bore-out

Moins connu que le burn-out, le syndrome du bore-out est tout aussi dangereux pour la santé des salariés. En effet, le manque de travail chronique peut conduire à des situations de souffrance et dépuisement émotionnel comme physique. Comment reconnaître un travailleur en état d’épuisement professionnel ? Que faire pour l’aider à sortir de sa détresse ? Et surtout comment prévenir le risque d’épuisement et le stress au travail avant qu’ils ne s’installent ?

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Qu’appelle-t-on le « bore-out » ? 

 

Définition de cette pathologie liée au travail

 

C’est à partir de 2007 que la notion de bore-out est sérieusement étudiée et décrite par deux consultants suisses, Philippe Rothlin et Peter Werder. On comprend alors que le bore-out (appelé aussi « syndrome d’épuisement professionnel par l’ennui ») apparaît lorsqu’un salarié souffre à cause d’une charge de travail trop faible. Autrement dit, le salarié s’ennuie tellement pendant sa journée de travail qu’il déprime et se remet en question à tel point que cela le ronge de l’intérieur. Ce mal-être s’installe progressivement, la situation s’empire au fil du temps et le collaborateur ne peut généralement pas se sortir seul de son état d’épuisement complet (aussi bien mental que physique).

Une étude réalisée par l’agence d’intérim QAPA en 2021 présente des chiffres édifiants sur l’ennui au travail. Il semblerait que plus de 70 % des Français sondés se sentent concernés par la situation. Qui plus est, 57 % d’entre eux seraient dans un état de souffrance à cause de leur travail, qu’ils estiment trop ennuyeux.

Cependant le bore-out est bien moins connu et reconnu qu’un autre mal lié au milieu professionnel : le burn-out. Contrairement au syndrome d’épuisement par l’ennui, le burn out professionnel apparaît lorsque le salarié est en surmenage à cause d’une surcharge de travail. Le nombre de personnes touchées par le burn-out ayant explosé ces dernières années, cette affectation est parfois déclarée comme maladie professionnelle par l’Assurance maladie. Mais ne faisant pas partie des tableaux réglementaires, il est nécessaire de démontrer que la pathologie est bien d’origine professionnelle.

De son côté, le bore-out est encore un sujet tabou. Comment se plaindre de s’ennuyer toute la journée au bureau, tandis que d’autres rêveraient d’avoir un travail et de prendre notre place ? Déclarer souffrir du manque de tâches journalières semble donc inconcevable.

 

Causes et conséquences du bore-out 

L’ennui ressenti par certains travailleurs provient de situations variées, et parfois couplées entre elles. Ainsi, le manque voire l’absence de tâches à réaliser est l’une des causes de l’ennui.

Lorsque le salarié ne trouve aucun intérêt à ses missions ou qu’il n’en comprend pas le but, il s’en lasse tout aussi rapidement, surtout s’il s’agit de tâches répétitives. De plus, un trop grand décalage entre les compétences du salarié et les missions qui lui sont confiées engendre ennui et désintérêt.

Enfin, il arrive que le salarié se sente mis à l’écart par sa hiérarchie. On lui donne de moins en moins de choses à faire, on lui parle peu, on ne le convie plus aux réunions. Ce sentiment de mise au placard démotive le collaborateur. C’est parfois le but d’ailleurs, pour le pousser à quitter l’entreprise sans avoir à déclencher une procédure de licenciement. Ce phénomène peut être qualifié de harcèlement.

Chacun de nous a déjà été confronté à une situation ou une tâche ennuyeuse au cours de sa carrière professionnelle. Néanmoins, le bore-out survient lorsque la situation est récurrente, que l’ennui est quotidien, et qu’il devient insupportable psychologiquement.

Les conséquences de l’ennui chronique sur la santé sont multiples. Souvent d’ordre mental, les maux vont parfois jusqu’à troubler l’équilibre physique. La personne touchée de bore-out se met à ressentir un épuisement psychologique conduisant communément à une usure générale de la tête et du corps. Au-delà du professionnel, sa vie personnelle est impactée au fur et à mesure.

Et s’il n’est pas traité rapidement, l’épuisement total altère la santé mentale du salarié et le mène vers la dépression, voire le suicide.

 

 

Comment détecter un salarié en état de bore-out ? 

 

Avant d’aider les collègues atteints de bore-out, il faut pouvoir détecter les symptômes et ensuite comprendre pourquoi elles en sont arrivées là. La prise de conscience n’est pas évidente. Elles n’ont pas forcément fait le lien entre les maux dont elles souffrent et leur(s) cause(s).

Il faut savoir que l’ennui persistant au travail entraîne d’abord une simple fatigue mentale. Le salarié éprouve un sentiment d’inutilité et une perte de sens, il est complètement démotivé. Son état se dégrade, et l’épuisement émotionnel se transforme en épuisement physique, jusqu’à se retrouver dans un état de fatigue constant. Ceci entraîne d’autres symptômes comme l’irritabilité due à des troubles du sommeil et à la véritable souffrance psychologique ressentie. Des symptômes physiques apparaissent parfois : problèmes cutanés, maux de ventre, prise de poids ou encore risques cardiovasculaires. De plus, le salarié en bore-out peut développer un stress au travail et commencer lentement son désengagement envers son poste puis l’entreprise. Il n’est pas rare qu’il fasse preuve d’absentéisme, ne trouvant aucune raison d’être présent, car il se sent inutile.

Pour aider à déceler le bore-out, certains psychologues-chercheurs travaillant pour la start-up Moodwork ont mis au point un test. L’auto-évaluation comprend 15 affirmations, auxquelles il faut répondre en fonction de son degré d’accord ou de désaccord. 4 grands items sont évalués : la charge de travail, la stimulation, le vécu et l’adéquation des valeurs. Le test étant accessible gratuitement en ligne, il est tout à fait possible de s’en servir pour confirmer ses doutes sur son état par exemple. D’autres tests seront sûrement amenés à voir le jour lorsque cette pathologie liée à la vie professionnelle sera mieux connue et acceptée.

Une fois les symptômes analysés, il est nécessaire de prendre du recul et de réfléchir à ce qui a provoqué ces maux. Depuis combien de temps cela dure-t-il ? Y a-t-il un ou plusieurs éléments déclencheurs ? En mettant le doigt sur la ou les causes, le salarié s’en affranchit et peut se concentrer sur sa guérison.

 

 

Les solutions pour lutter contre l’épuisement par l’ennui 

 

Comme pour toute maladie, le déni de celle-ci cause encore plus de dégâts. Et même si le sujet du bore-out est encore tabou aujourd’hui, parler de son état avec quelqu’un reste toujours la meilleure solution pour combattre le syndrome.

Il est possible d’en parler autour de soi, autant dans la sphère privée que dans son environnement de travail, à chacun de choisir avec qui il se sent le plus à l’aise. Certains vont trouver qu’il est difficile de montrer ses faiblesses à ses collègues, d’autres n’accepteront pas que le regard de leur famille change à cause de leur révélation.

De plus, l’entreprise est constituée par des personnes aux positions et aux responsabilités variées. Ainsi, on peut envisager de se confier à un collègue, à son manager direct, à une personne du service RH, à un représentant du personnel, voire même à la médecine du travail.

Pour ceux qui préfèrent garder l’information en privé, la famille ou les amis sont parfois les mieux placés pour écouter et accompagner. Enfin, on peut opter pour la consultation d’un spécialiste de la santé : psychiatre, psychologue, médecin-traitant…, ou pour un spécialiste du soutien social.

 

Après en avoir parlé, il faut trouver une solution pour sortir de son bore out, notamment avec son entreprise. La plupart du temps, le travail favorise la constitution de soi et l’accomplissement. Un salarié qui se sent mal au travail ne peut pas être à 100 % de ses capacités, et cela est néfaste pour l’entreprise.

Dans ce contexte, et en ayant conscience que les RPS (risques psychosociaux) se développent dans le milieu professionnel, l’entreprise se doit de prendre les mesures nécessaires en faveur de la prévention des risques. Au-delà d’assurer une bonne qualité de vie au travail et la sécurité au travail, l’employeur peut prévenir les risques d’épuisement (qu’il s’agisse de burnout, de boreout voire de brownout) et d’isolement en étudiant les signes avant-coureurs. Mettre en place un travail de repérage en collaboration avec des travailleurs-sociaux, l’infirmière d’entreprise et/ou le médecin du travail est une éventualité. L’employeur a aussi la possibilité d’étudier les chiffres du présentéisme dans son entreprise.

 

Un salarié en arrêt maladie dans le cadre d’un épuisement professionnel par l’ennui devrait être accompagné à son retour au travail. Il devrait pouvoir discuter avec sa hiérarchie d’une autre organisation de son travail. Moins de parcellisation des tâches, plus de considération et d’échanges sont parfois la clé pour un bon rétablissement. Cela passe aussi par l’empathie des collaborateurs qui écoutent et agissent pour aider un collègue à aller mieux.

Toutefois, si les causes du mal-être ne peuvent pas être traitées, d’autres solutions sont envisageables. Dans le cas où l’ennui viendrait de l’organisation du travail et qu’il n’est pas possible de la modifier, la seule option est de quitter la structure. Le collaborateur peut demander une rupture conventionnelle ou bien donner sa démission.

Dans le cas où le problème est plus profond, où c’est le métier exercé en lui-même qui pose problème, une reconversion professionnelle est à étudier.

 

 

Pour lutter contre les situations d’épuisement au travail, chacun a un rôle à jouer. Si l’on voit son collègue changer de comportement et multiplier les absences et les arrêts maladie, on peut se poser des questions. Si l’on se met à ressentir du stress et un manque de stimulation en arrivant au bureau, il faut se poser des questions. Dès les premiers signes d’épuisement, nous devons réagir pour ne pas laisser le bore-out s’installer et détruire des vies.